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    Les politiques et le show biz
    par daniele LOUVEAU   





    Questions sur nos hommes politiques et leur propension à se prendre pour des vedettes de la télé.

    Il y eut Giscard, presque étonné d'être là, à jouer de l'accordéon à la
    télévision (pour se rapprocher du peule ?). Il y eut un jour la question
    démente d'Ardisson à Michel Rocard : sucer, c'est tromper ? et les
    bafouillages de l'autre, atterré plus qu'indigné de l'ignominie du propos.
    Puis Michel Noir chez le même, acceptant sarcasmes et questions débiles pour
    « vendre » son bouquin. Et encore, Françoise de Panafieu, enfilant un
    blouson noir et grattant la Bamba sur une guitare, avant certaines
    municipales. Ou Elisabeth Guigou chez Drucker écoutant sans ciller, à l'époque,
    les nullissimes poèmes de Bruno Masure ; et Boutros Galy (de quoi réjouir
    Bush qui méprisait si ouvertement l'ONU !.) chez Stéphane Bern, à
    France-Inter, il y a quelques années, dansant le slow avec Guy Carlier,
    devant un public qui ne riait pas.



    A présent, Tapie joue la comédie et incarne un flic vertueux, donc
    incorruptible, à la télé. Robert Hue, rocker dans « le Fabuleux destin », a
    chanté ô Daniela à la télé avec ses copains d'adolescence. Le « Bac » de
    Dechavanne a vu rayonner Jack Lang (il faudrait le citer partout,
    celui-là.il ferait même la météo si on la lui proposait !), fier d'être
    second de l'épreuve sur des questions indigentes du type, « qui a dit, l'enfer
    c'est les autres, Sartre, Yourcenar ou Montaigne ? » ou quelque chose d'à
    peu près aussi grotesque (c'était bien la moindre des choses, pour un
    universitaire qui fut ministre de la culture et de l'éducation nationale, qu'il
    ait su répondre, non ? On a même dit qu'il aurait demandé à voir les
    questions à l'avance, mais ça, je ne peux pas le croire.)



    Voilà quelques exemples au hasard, mais il y en a tant et tant que c'est
    désespérant. De droite comme de gauche, ils vont partout, ils sont partout.
    Dans les émissions de variété, à la télévision, en radio. Ils sèchent les
    séances de l'Assemblée et négligent le débat politique pour s'amuser avec
    Ruquier et tous les rigolos du PAF.



    Ils chantent, jouent d'un instrument, écrivent des livres. Comment font-ils,
    d'ailleurs, pour publier autant, en étant ministres, ou secrétaires d'état,
    ou députés, ou sénateurs ? Comment en trouvent-ils le loisir, malgré leur
    fonction à plein temps ? Qui peut prendre un tel « auteur » au sérieux
    (car, soit il a un nègre, soit il se moque de nous et ne fiche rien au
    Ministère, au Sénat, à l'Assemblée) ? Et est-ce bien le rôle de nos élus de
    traîner sur toutes les chaînes, pour qu'on les voie - dérisoire quête
    narcissique d'une reconnaissance vaine, mais qu'ils recherchent éperdument
    (pour pallier le creux de leur vie, les frustrations subies, les couleuvres
    avalées dans le cadre de leur fonction, ou de leur mandat ?).



    Et voici qu'après le Pape Jean-Paul II ( ! ), Berlusconi s'est mêlé à son
    tour de devenir une « pop-star » et a enregistré un CD dont les titres
    parlent d'amour. « Tubes », politiques ou religieux. Nous sommes loin du
    Giscard goguenard et de son accordéon faussement « popu ».



    Mais il y a eu pire : une nouvelle menace a pesé sur nous, sur eux, et sur l'audiovisuel
    tout entier : On nous a promis un temps « les mêmes » dans une émission de
    télé réalité : des hommes politiques dans un loft familial. en pyjama ou à
    table, filmés 24 heures sur 24, partageant la vie d'une famille française.
    Ne nous faites pas rire ! Vous les voyez, ces grands bourgeois issus de l'ENA,
    à table avec les mômes turbulents des prolos, aider à la vaisselle après
    dîner, descendre la poubelle et déployer le canapé clic-clac du séjour pour
    la nuit, dans le F3 d'un ouvrier ajusteur, d'une dactylo de chez Renault ou
    d'un éducateur des cités de La Courneuve ?



    C'est bien le drame, d'ailleurs, la coupure parfaite entre « eux » et le
    peuple de France. Ils ne nous connaissent pas ! Ce qu'il leur faudrait, pour
    qu'ils apprennent la France, ce serait un stage obligatoire de six mois
    après l'ENA... Six mois en HLM, dans une banlieue « craignos », avec femme
    et enfants, et le SMIC, et la publication de leurs relevés bancaires. Ni
    aide extérieure, ni voiture de fonction. La crèche vétuste du coin de la rue
    et le centre culturel sinistré. Les transports en commun qui s'arrêtent à 21
    h et les classes des collèges-poubelle pour leurs mômes menacés par des
    gosses violents armés de couteaux. Six mois seulement, c'est pas beaucoup !
    Tant d'entre nous y passent toute leur existence, dignement et sans se
    plaindre, quand ceux qui prennent pour nous les décisions ne savent rien de
    notre vie et prétendre jouer à nous connaître ! Pourraient-ils alors
    comprendre, imaginer, le mal qu'ont ces familles dignes et laborieuses à
    boucler les fins de mois avec le SMIC, quand ce montant ridicule est souvent
    le montant une simple addition dans un bon restaurant pour « ceux d'en
    haut » (comme disait cyniquement un ancien Premier Ministre).



    Mais quelle idée se font-ils donc de leur rôle, quel visage donnent-t-ils au
    mot « politique », si galvaudé, si noble pourtant, étymologiquement (ce qui
    a rapport aux affaires de la cité, aux affaires publiques, aux citoyens, c'est-à-dire
    à nous tous) ? Ils se réclament si peu de leur vraie fonction qu'ils
    accusent leurs adversaires de faire de la politique politicienne, ce qui ne
    veut rien dire, sinon que c'est mal, que c'est très sale, et qu'il ne faut
    pas... Aussi est-ce devenu une injure de dire d'un élu qu'il fait de la
    politique, alors que, justement, c'est son rôle, et que nous l'avons
    choisi/élu pour cela !.



    Devant cette désertion généralisée, la relève est ailleurs. Et on ne doit
    plus s'étonner que des Saltimbanques comme Coluche, Dieudonné, les Motivés
    de Toulouse, les collectifs et les marginaux, tant d'autres encore, se
    mêlent enfin d'en faire, de la politique (de la vraie, de la pure non
    coupée) pour relever le niveau et interpeller les pros, fonder les Restaus
    du Cour, de nouveaux sites contestataires, des mini-lobbies de résistance à
    la crise ambiante - financière, économique et surtout intellectuelle - ou se
    présenter sur les listes électorales des zones sensibles prêtes à sombrer
    dans tous les extrémismes, dans tous les fondamentalismes, parce qu'abandonnées
    depuis trop longtemps par les partis à vocation « démocratique »..



    Nous, citoyens et électeurs, qu'attendons-nous de la politique ? Comment lui
    rendre sa noblesse, que faire pour que nos élus se rendent compte qu'il
    serait temps de quitter le champ médiatique qui ne les grandit pas, pour s'impliquer
    sereinement et à temps complet dans le champ politique où tant de nobles
    batailles restent à mener ?



    De nombreux hommes politiques (*) sont compromis dans des scandales, délits
    d'initiés, abus de biens sociaux, malversations. Est-ce pour cela qu'ils
    font les clowns ? Est-ce pour qu'on oublie leurs méfaits politiques qu'ils
    se noient sous les projecteurs du divertissement ? Et n'est-ce pas aussi à
    cause de cela que jeunes - et moins jeunes - sont démobilisés, qu'ils ne
    votent plus, et qu'on compte 40 % d'abstentions et plus à chaque scrutin ?



    Et ceux-là qui s'abstiennent, pourquoi ne vont-ils plus aux urnes ? L'argument
    avancé que des générations d'hommes et de femmes sont morts pour que nous
    ayons le droit de vote ne les émeut pas. Que faudrait-il, alors, pour leur
    rendre la confiance perdue ? Se donnent-ils le droit de critiquer les
    mesures prises, même sans voter, ou sont-ils totalement passifs et
    démobilisés, comme si tout cela ne les concernait plus depuis longtemps ?



    Certes, je ne suis qu'une cellule du corps social, c'est-à-dire peu de
    chose, mais sans cette cellule, et la vôtre, et celle de tous mes voisins,
    il n'y a tout simplement plus de corps social, car chaque électeur est
    unique et irremplaçable. Et, comme disait Gilles Vigneault avec son
    délicieux accent canadien « si tu t'occupes pas de la politique, n'oublie
    pas que c'est la politique qui s'occupera de toi ! ».



    Et vous, qu'attendez-vous d'eux ? Sentez-vous les hommes politiques plus
    proches quand ils se bousculent sous les projos de la télé, à répondre sur
    tout et sur n'importe quoi, à chanter ou à jouer du pipeau ? Les en
    trouvez-vous plus humains, ou, au contraire, plus ridicules et pitoyables ?



    J'aimerais que vous vous penchiez sur ces questions brûlantes. Je
    souhaiterais ouvrir un débat et connaître vos réactions sur la façon dont
    les politiques envahissent de plus en plus les émissions de variété, et sur
    la désertion toujours plus grande des urnes induite peut-être par cela, par
    ce mélange intempestif des genres politique/variété, qui brouille la
    lisibilité des actions menées, des paroles énoncées, des décisions prises en
    notre nom..



    DLJ


    (*) pour paraphraser Sacha Guitry, il va de soi que, quand je pense aux hommes, j'embrasse les femmes.

    j'essaie de comprendre pourquoi de plus en plus d'hommes politiques de toutes tendances se commettent dans des émissions de variétés à la télévision et pourquoi, dans le même temps, la politique intéresse de moins en moins les Français....

    Source de l'article : http://www.freemag.fr/?expert=Daniele_Louveau

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