Camion Berliet : histoire et modèles emblématiques
Le camion Berliet compte parmi les grands noms historiques du poids lourd français. Son aventure industrielle commence à Lyon autour de Marius Berliet, à la fin du XIXe siècle. Du CBA au GLR, du GBC 8 Gazelle au T100 et au Stradair, chaque modèle illustre une étape avant l’intégration de Berliet à l’histoire de Renault Véhicules Industriels puis de Renault Trucks.
Pourquoi les camions Berliet ont-ils marqué l’histoire du poids lourd français ?
L’histoire de Berliet commence à Lyon autour de Marius Berliet. Renault Trucks situe en 1894 les débuts de son aventure industrielle, avec la mise au point de son premier moteur à explosion. L’entreprise construit d’abord des automobiles, mais elle s’oriente progressivement vers les véhicules industriels.
Cette évolution se lit dans le catalogue de 1907, déjà consacré aux « camions et omnibus ». Berliet ne considère donc plus le camion comme une simple automobile renforcée : le véhicule industriel devient une catégorie conçue pour ses propres usages, avec des contraintes liées au transport, aux chantiers et aux services collectifs.
L’activité automobile de Berliet cesse ensuite, tandis que la marque concentre ses moyens sur les camions et les véhicules industriels. Cette spécialisation explique sa place dans plusieurs périodes décisives :
- la Première Guerre mondiale, avec des véhicules employés dans la logistique militaire ;
- le développement du transport routier, qui favorise les camions conçus pour un usage professionnel intensif ;
- la reconstruction et les Trente Glorieuses, marquées par l’essor des grands réseaux routiers et des chantiers ;
- les missions tout-terrain et les opérations dans les grands espaces désertiques ;
- le renouvellement des cabines et l’attention croissante portée au confort de conduite.
Les modèles Berliet permettent ainsi de suivre une histoire d’usages : transporter les approvisionnements pendant la guerre, travailler sur route après 1945, franchir des terrains difficiles ou répondre aux besoins de chantiers hors norme.
Berliet CBA : le camion de la Voie Sacrée

Le Berliet CBA est réceptionné aux Mines en 1913 et reçoit des distinctions lors des concours militaires de 1913 et 1914. La Fondation de l’Automobile Marius Berliet met en avant trois qualités pour expliquer son intérêt militaire : la simplicité, la robustesse et l’économie.
Le modèle devient surtout associé à la Voie Sacrée pendant la bataille de Verdun. Cette route relie Bar-le-Duc à Verdun et est alimentée par une noria continue de véhicules, afin d’acheminer hommes, matériels et ravitaillement vers le front.
Dans le contexte de Verdun, la Fondation Berliet décrit le CBA comme représentant plus de la moitié d’une noria de 3 500 matériels. Ce chiffre renvoie à ce dispositif et à son périmètre historique ; il ne doit pas être présenté comme un total général et indistinct de production du CBA.
Le CBA est donc emblématique moins par une fiche technique isolée que par sa fonction : il incarne le passage du camion au rôle d’outil logistique militaire à grande échelle. Un exemplaire de collection a notamment été présenté au Mémorial de Verdun.
Berliet GLR : pourquoi est-il devenu un camion emblématique ?
Le GLR apparaît à la fin de 1949, puis les premiers GLR8 sortent des usines de Vénissieux en janvier 1950. Il accompagne la reconstruction et la croissance du transport routier, avec une réputation fondée sur la robustesse, la simplicité et l’endurance.
La fiche consacrée par la Fondation Berliet à un GLR8 de 1958 indique un PTC initial de 13 500 kg pour cette version de référence. Le poids total autorisé en charge évolue ensuite au cours de la carrière du modèle, notamment avec la réglementation. Cette donnée ne peut donc pas être étendue automatiquement à toutes les versions GLR.
La longévité industrielle du GLR tient aussi à l’évolution de la gamme. Le modèle reçoit différentes motorisations et cabines au fil des années. Les transformations de cabine accompagnent les changements du transport professionnel et la recherche d’un meilleur confort de conduite, sans effacer l’image d’un outil de travail conçu pour durer.
La Fondation Berliet indique qu’un jury de professionnels réuni par le magazine Les Routiers a attribué au GLR le titre de « Camion du Siècle ». Cette distinction constitue un repère de sa notoriété dans le monde professionnel, et non un classement universel de tous les camions anciens ou actuels.
Pour comprendre la place du GLR, il faut donc le distinguer du CBA : le premier symbolise la logistique de la Première Guerre mondiale, tandis que le second représente le camion de travail de l’après-guerre et la montée en puissance du transport routier.
Berliet GBC 8 Gazelle : le camion conçu pour le désert
Le Berliet GBC 8 6×6 est conçu en 1956 pour répondre aux besoins de la recherche pétrolière en zone désertique. Son prototype est réalisé à l’usine Berliet de Courbevoie, puis ses premiers essais ont lieu à la fin de 1957 dans la Mer de Sable d’Ermenonville.
La mention 6×6 désigne une configuration à six roues motrices. Elle situe immédiatement le GBC 8 dans une logique différente de celle d’un camion routier classique : le véhicule est destiné aux missions où la progression sur des terrains difficiles constitue une contrainte centrale.
La Gazelle est ensuite associée aux missions sahariennes de Berliet. La Fondation identifie notamment un GBC8 utilisé pendant le tournage de Cent mille dollars au soleil parmi les véhicules liés aux missions Ténéré de 1959-1960. Son passage au cinéma prolonge ainsi une notoriété déjà liée aux expéditions et au tout-terrain.
Le GBC 8 ne doit toutefois pas être confondu avec toutes les variantes de la famille GBC. Les caractéristiques d’un exemplaire conservé ou d’une version documentée ne permettent pas de décrire indistinctement les modèles militaires et civils portant des désignations proches.
Berliet T100 : pourquoi ce camion était-il hors norme ?
Le Berliet T100 est développé pour des usages très lourds, notamment dans les opérations en milieu désertique. Renault Trucks indique que l’exemplaire présenté lors des Journées européennes du patrimoine a été fabriqué en 1957 et que seulement quatre T100 ont été construits.
Avec cette production limitée, le T100 occupe une place à part dans l’histoire de Berliet. Il ne représente pas le camion courant destiné à une flotte de transporteurs, mais une réponse spécialisée à des environnements et à des chantiers particuliers, où les dimensions du véhicule et sa destination prennent une importance exceptionnelle.
Renault Trucks le présente dans sa communication patrimoniale comme un véhicule mythique et comme le plus gros camion du monde à son époque. Cette formule doit être attribuée à cette présentation et replacée dans son contexte historique : elle ne constitue pas une vérité intemporelle sur les camions contemporains.
Le T100 illustre ainsi l’ambition industrielle de Berliet dans les grands espaces. À côté du GLR, pensé comme un outil de travail durable pour le transport, il montre jusqu’où la marque pouvait aller lorsqu’un besoin spécifique imposait un véhicule hors norme.
Berliet Stradair : le camion qui voulait moderniser le transport routier
Le Stradair est lancé en mai 1965. La Fondation Berliet le présente alors comme le nouveau « 5 tonnes » de la marque. Sa désignation tranche avec les nombreux codes utilisés par Berliet : le véhicule reçoit un véritable nom propre, formé à partir de « strada » et de « air » selon la documentation de la Fondation.
Ce choix accompagne une volonté de moderniser l’image du camion. Le lancement met en avant le travail sur la cabine, le confort et le design, dans un contexte où le véhicule industriel commence à être présenté autrement qu’à travers ses seules capacités de transport.
La campagne publicitaire est inhabituelle pour l’époque. Berliet communique notamment dans des médias grand public et produit en 1965 des films publicitaires avec le cascadeur Gil Delamare. Ces réalisations donnent une visibilité particulière au Stradair sans permettre, à elles seules, de conclure à une réussite ou à un échec commercial.
Le Stradair marque donc une inflexion dans l’histoire de la marque : après les camions associés à la guerre, au transport lourd ou au désert, Berliet travaille aussi le rapport entre cabine, confort de conduite et image publique du camion.
Quels autres camions Berliet ont marqué les routes et les chantiers ?
La gamme Berliet ne se limite pas aux cinq modèles les plus connus. Les désignations GLC, GLM, GBO, TLM, TBU, GBU, GBC et TBH renvoient à des véhicules, des séries ou des familles qui peuvent évoluer selon les versions. Elles couvrent des usages de route, de chantier, de gros chantier, de tout-terrain et des applications militaires.
La liste des modèles produits à Bourg-en-Bresse dans les années 1960 et 1970 montre notamment la diversité des véhicules de chantier, de gros chantier et des véhicules militaires associés à Berliet. Le GLC et le GLM complètent le panorama des modèles routiers et professionnels évoqués par la Fondation, tandis que le GBO, le TLM, le TBU et le GBU rappellent l’importance des usages lourds et spécialisés.
| Modèle | Période ou année de référence documentée | Usage ou raison de sa notoriété |
|---|---|---|
| CBA | Réceptionné aux Mines en 1913 | Camion emblématique de la Voie Sacrée pendant la Première Guerre mondiale |
| GLR | Apparu à la fin de 1949 ; premiers GLR8 en janvier 1950 | Outil de travail de l’après-guerre, réputé pour sa robustesse et sa longue carrière |
| GBC 8 Gazelle | Conçu en 1956 ; premiers essais à la fin de 1957 | Recherche pétrolière en zone désertique, missions sahariennes et tout-terrain |
| T100 | Fabriqué en 1957 | Véhicule hors norme destiné à des usages très lourds et désertiques ; quatre exemplaires fabriqués |
| Stradair | Lancé en mai 1965 | Nouveau « 5 tonnes » et modèle associé au renouvellement du confort, de la cabine et de l’image du camion |
| GLM | Modèle cité parmi les gammes Berliet des années 1950 | Véhicule participant au panorama des camions routiers et professionnels de la marque |
| GBO | Modèle produit dans les gammes Berliet de chantier | Camion associé aux usages de chantier et aux applications lourdes |
| TLM | Modèle cité parmi les productions Berliet de chantier | Véhicule associé au gros chantier et aux usages industriels spécialisés |
Pourquoi la marque Berliet a-t-elle disparu ?
La disparition du nom Berliet s’inscrit dans la concentration progressive de l’industrie française du poids lourd. Au milieu des années 1970, Berliet rejoint la Régie Nationale des Usines Renault. Berliet et Saviem sont ensuite regroupés au sein de Renault Véhicules Industriels.
Le nom Berliet cesse progressivement d’être utilisé comme marque de véhicules, dans le cadre de cette réorganisation industrielle. Il est donc plus juste de parler d’intégration et de regroupement que de résumer cette évolution à une faillite ou à une disparition isolée de l’entreprise.
Renault Véhicules Industriels devient ensuite Renault Trucks. Les camions Renault Trucks actuels ne sont pas de simples Berliet rebadgés, mais Renault Trucks revendique Berliet comme l’une des racines de son patrimoine industriel. La continuité se situe donc dans l’histoire industrielle, les sites, les savoir-faire et la mémoire de la filière, pas dans une identité de modèle.
Où peut-on voir aujourd’hui des camions Berliet ?
La Fondation de l’Automobile Marius Berliet constitue le principal point de référence pour consulter et préserver ce patrimoine. Créée en 1982 par les descendants de Marius Berliet, elle conserve des véhicules, des archives et des pièces liés à l’histoire automobile et industrielle.
Au 14 août 2026, la Fondation annonce 210 véhicules restaurés et environ 100 pièces à restaurer. Cet ensemble patrimonial couvre plusieurs marques et ne se limite donc pas aux camions Berliet.
La Fondation dispose d’un conservatoire et présente un aperçu de sa collection de véhicules. Les conditions d’accès pouvant dépendre des modalités officielles de visite, il faut consulter directement les informations publiées par la Fondation de l’Automobile Marius Berliet avant de se déplacer.
Les véhicules ne restent pas uniquement dans les collections permanentes. Certains sont présentés ponctuellement lors d’expositions ou prêtés à d’autres institutions. Le CBA exposé au Mémorial de Verdun en fournit un exemple concret.
Questions fréquentes sur les camions Berliet
Berliet existe-t-il encore comme marque de camions ?
Non, Berliet n’est plus commercialisée aujourd’hui comme marque indépendante de camions. Son histoire industrielle a été intégrée à Renault Véhicules Industriels, puis au patrimoine revendiqué par Renault Trucks parmi ses racines historiques.
Quel est le camion Berliet le plus connu ?
Il n’existe pas de réponse unique et objective, car la notoriété dépend de la période et de l’usage. Le CBA renvoie à la Première Guerre mondiale, le GLR à l’après-guerre et au transport routier, le GBC 8 Gazelle au désert et au tout-terrain, et le T100 à ses dimensions hors norme.
Le GLR dispose toutefois d’un repère particulier : la Fondation Berliet indique qu’il a reçu le titre de « Camion du Siècle » d’un jury de professionnels réuni par le magazine Les Routiers. Cette distinction éclaire sa réputation, sans constituer un classement universel.
Les anciens camions Berliet peuvent-ils encore rouler ?
Certains exemplaires restaurés sont conservés en état de présentation ou utilisés dans le cadre d’événements patrimoniaux. Cette situation ne permet pas de généraliser le statut administratif ou les conditions de circulation à tous les camions Berliet anciens : chaque véhicule dépend de son exemplaire, de sa restauration et du cadre dans lequel il est présenté ou utilisé.